CO129-214 - Public Offices & Others - 1883 — Page 342

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968

22 Jallet [SENAT]

le relations et qu'un nouvel envoyé extraordinaire était sur le point de partir pour [Hué].

Nous sommes, depuis peu de jours, en possession de plusieurs lettres importantes adressées au gouverneur de la Cochinchine par Thoung Bac, le ministre des affaires étrangères.

DÉBATS PARLEMENTAIRES

Nous avons de longue date averti le gouvernement d'Annam de ce que nous voulions faire au Tonkin, et nous n'avons pas besoin d'autre déclaration. Nous lui avons fait savoir que nous étions au Tonkin et que nous y resterions pour y faire prévaloir les droits qui nous appartiennent, en vertu des traités, pour y remplir les obligations qui nous sont imposées. Nous l'avons averti que nous considérions Hué, personnage important, plus puissant peut-être que l'empereur lui-même.

Ces lettres, qui sont un chef-d'œuvre de diplomatie orientale, toutes remplies de protestations obséquieuses, de récriminations vagues, de menaces obscures qu'il est difficile de démêler, vont de mai à la fin du mois, c'est-à-dire qu'elles se rapportent précisément à la période où se préparaient et se sont accomplis les événements dans lesquels le commandant Rivière a perdu la vie.

Eh bien, messieurs, ces lettres, à qui voudrait les prendre dans leur sens apparent, ne témoigneraient que du désir de vivre en paix avec nous, de la volonté de contenir les passions au Tonkin et de la crainte de n'y pas réussir, du dessein amical d'envoyer une escorte au-devant de notre nouvel agent pour le recevoir avec les honneurs dus au représentant de la France; si, en même temps, on n'y voyait des insinuations multipliées et fort claires destinées à faire entendre que cet envoyé ferait bien de ne pas partir, car on ne serait peut-être pas en mesure de garantir à lui sa sécurité.

Dans tout cela, messieurs, il est difficile de trouver aucune apparence de déclaration de guerre. Nous avons lu dans les gazettes chinoises que des ambassadeurs annamites auraient été envoyés dans le Céleste-Empire pour solliciter son aide contre nous. Nous n'en avons jamais été informés d'une pareille démarche, il ne nous a jamais été dit un seul mot qui pût nous donner lieu de penser que le gouvernement d'Annam se considérait comme l'allié du Céleste Empire et qu'il se crût le moins du monde autorisé à solliciter son appui.

Vous avez lu et nous avons également lu, dans le courant du mois de juin, une lettre adressée par l'empereur Nguyen, ou le roi d'Annam, au souverain de Ta-Dac, c'est-à-dire au roi de Corée. Dans cette lettre se trouvaient développés tous les griefs du gouvernement d'Annam contre nous et réclamée, de la manière la plus solennelle, conformément aux traditions que la Chine a invoquées récemment dans les négociations, l'aide de ce gouvernement.

Cette lettre, qui a tous les caractères d'un document ridiculement apocryphe et qui est probablement l'œuvre de quelque faussaire d'outre-mer, cette lettre est la seule déclaration franchement hostile en possession de laquelle nous soyons encore à l'heure qu'il est.

Année 1883

contre nous au mois de mars, dans la part qu'ils ont prise aux événements du mois de mai, dans l'effort auquel on les voit concourir à l'heure qu'il est contre nous, s'ils n'obéissent pas aux ordres directs du gouvernement d'Annam, obéissent au moins à sa pensée. (Rumeurs à droite et au centre.)

Et cela, messieurs, ne doit pas nous étonner. Dès 1875, le lendemain même de la signature du traité, le gouvernement d'Annam n'avait qu'une pensée, il ne poursuivait qu'un dessein, c'était d'annuler ou de déchirer, ou par la ruse ou par la force, le traité qu'il venait de conclure, c'était de nous éliminer non seulement de l'Annam, non seulement du Tonkin, mais de la Cochinchine.

Nous considérions comme impossible de sauvegarder que nos établissements de Hanoi et de Hai Phong fussent constamment, ou par son incurie ou par son impuissance, menacés dans leur existence, troublés dans leur sécurité, et que nous entendions réduire à la raison, par la force, puisqu'il n'y avait pas d'autres moyens, les bandes de Chinois ou d'Annamites qui dévastaient ou ensanglantaient le pays.

Enfin, s'il est vrai, dans les événements militaires qui se sont accomplis au Tonkin, en mars et mai, nous avons rencontré devant nous des Chinois, des Annamites; mais, malgré des vraisemblances dont je dirai un mot tout à l'heure, nous ne sommes en possession d'aucune preuve absolument certaine qui nous permette de dire que ces troupes, et les chefs de troupes qui les commandent, obéissent aux ordres directs du gouvernement de Hué.

Il est possible, il est, en tout cas, permis de supposer que des fonctionnaires auxquels l'autorité ne procure que des avantages sans leur imposer aucun devoir, menacés, dans le cas où la nôtre viendrait à prévaloir au Tonkin, de voir augmenter leurs devoirs et diminuer leurs avantages, ont pris sur eux de nous attaquer et tenté spontanément de nous expulser.

Cette raison date déjà de longtemps.

Au mois de novembre dernier, monseigneur Puginier disait au commandant Rivière tenir de source absolument certaine que le conseil de Hué était décidé à nous faire la guerre et qu'il s'y préparait; et aujourd'hui, messieurs, nous avons lieu de penser que ce dessein n'est pas abandonné, que ce qui se passe au Tonkin ne se fait très probablement pas par ses ordres, mais ne se fait certainement pas sans son aveu.

Et s'il est démontré qu'il nous est impossible de triompher du désordre au Tonkin sans nous adresser à celui qui l'y fomente, que nous ne pouvons établir la paix dans le bassin du fleuve Rouge, sans faire sentir notre action ailleurs, messieurs, nous aurions à examiner également s'il convient, pour abréger les résistances, d'user du droit de blocus et de l'établir, dans les formes voulues et après les notifications nécessaires, soit aux embouchures du fleuve, soit sur quelques points des côtes de l'Annam.

Seulement, nous n'en sommes pas là, nous avons le ferme espoir de n'en pas venir à ce point. Si nous sommes en guerre, c'est contre des bandes qu'aucun gouvernement, pas même celui d'Annam, n'ose avouer pour son armée.

Messieurs, je comprends les préoccupations de M. de Broglie, je respecte ses alarmes. Je me permettrai toutefois de lui demander s'il juge qu'il soit, à cette heure, d'un bien grand intérêt public de savoir à qui, en réalité, nous faisons la guerre, si le moment est vraiment bien choisi pour subtiliser sur une formalité. (Rumeurs à droite. -- Approbation à gauche.)

Nous étions au Tonkin depuis longtemps déjà pour y faire valoir, aux termes des traités, nos droits positifs et rétablir la paix. Nous y sommes aujourd'hui pour une autre cause, pour venger une cruelle injure faite à nos armes, nous y sommes pour châtier des bandes qui, après avoir tué nos soldats, ont mutilé et outragé leurs cadavres. (Très bien ! très bien ! à gauche.)

Qu'importe aujourd'hui, en présence d'une pareille faute, que nous soyons en guerre avec des bandes d'aventuriers sans aveu et des gens perdus, ou avec un gouvernement qui soudoie ces bandes et s'en sert en se cachant? En vérité, je ne pense pas qu'à l'heure qu'il est, ce qui intéresse le Sénat, ce qui intéresse nos soldats, ce qui intéresse l'opinion publique, ce soit une pareille question. (Très bien ! et applaudissements à gauche.)

M. le duc de Broglie. Messieurs, je ne puis accepter en aucune manière le reproche que m'a fait M. le ministre des affaires étrangères d'avoir fait dégénérer une question de fait en une question de doctrine et de controverse.

Ma question était bien celle-ci : Sommes-nous, en fait, à l'heure qu'il est, en guerre avec l'Annam? C'est, assurément, une question de fait; mais pour expliquer au Sénat quelle était l'importance de la question et ce qui m'avait déterminé à l'en saisir, j'ai dû expliquer en très peu de mots quelles étaient, au point de vue constitutionnel autant que diplomatique, les conséquences et les différences de l'état de paix et de l'état de guerre.

Le fait est-il maintenant, après les réponses de M. le ministre, suffisamment éclairé? Oui, pour ce qui touche l'état présent. M. le ministre a longuement démontré que la guerre ne nous avait pas été déclarée par l'empire d'Annam. Qu'il me permette de lui dire que ces développements étaient superflus, car c'est une supposition qui n'avait été faite ni par moi ni par personne.

Et ce qui était plus douteux, après les paroles qu'il avait prononcées à la Chambre des députés, c'était de savoir si nous ne l'avions pas déclarée nous-mêmes.

Il avait dit que nous étions en guerre: or, une des deux parties en question n'ayant certainement pas pris l'initiative, il fallait bien croire, ou du moins on pouvait bien supposer que c'était l'autre. (Très bien ! et sourires à droite.)

Après les explications de M. le ministre, il est évident que ce n'était pas plus l'un que l'autre et qu'il n'y avait pas de guerre du tout. Le terme dont il s'était servi n'avait dans sa bouche aucune valeur, ni constitutionnelle, ni diplomatique. C'était une expression, comment dirai-je? un peu oratoire.

Et alors, les puissances étrangères, les puissances voisines, dans les cas que j'ai indiqués, qu'en diront-elles et comment se comporteront-elles à notre égard?

Je ne vois donc rien de clair ni rien de précis dans les explications qu'on vient de nous donner. Et cependant, s'il est un sujet où la clarté, la netteté des situations soit nécessaires, c'est dans une occasion où le moindre malentendu peut mettre en péril la paix générale et nos rapports avec nos voisins.

Voyez, par exemple, ce qui vient de se passer à Madagascar. Je ne sais pas, et je crois que le Gouvernement ne sait pas encore bien à l'heure qu'il est, ce qui a donné lieu aux récits dont on a entretenu le Parlement d'Angleterre à propos des incidents survenus à Madagascar.

L'éloquence est assurément une très belle chose; mais, en matière de diplomatie et de constitution, la propriété des mots et la précision du langage, même à la tribune, et surtout de la part d'un ministre, ne sont-elles pas préférables? (Très bien ! très bien à droite.)

Mais soit pour le présent, nous sommes satisfaits. Le sommes-nous également pour l'avenir? C'est sur quoi je conserve quelque doute.

Il est très difficile, en effet, de mettre d'accord les différentes allégations que l'honorable ministre a successivement apportées à la tribune.

En commençant, il a déclaré qu'il n'était pas en mesure d'assurer que l'empereur d'Annam fût l'instigateur des bandes qui infestent le Tonkin et auxquelles notre corps expéditionnaire a affaire.

Il nous a promis que nous ne nous mettrions pas en guerre avec l'Annam sans que les Chambres eussent été consultées, comme la constitution l'exige. Je prends acte, bien volontiers, de cette promesse, seulement il l'a accompagnée tout de suite d'une restriction qui pourrait bien en rendre, à l'occasion, l'exécution assez difficile.

Il nous a dit, en effet, qu'à la rigueur il était possible qu'on f, avec le même pays et le même gouvernement, légitimement en guerre sur un point sans avoir le droit de l'être sur un autre.

C'est là une subtilité diplomatique d'un genre absolument nouveau et que j'ai quelque peine à comprendre. (Très bien ! très bien ! à droite.)

Messieurs, je ne sais pas ce que dirait le Parlement d'Angleterre à propos des incidents survenus à Madagascar. Mais la seule émotion causée chez nos voisins par ces récits vrais ou faux, ne nous indique-t-il pas combien vous êtes surveillés, avec quelle jalousie, et quelle inquiétude vous êtes suivis dans vos efforts pour étendre la puissance coloniale de la France?

Je ne dis pas que vous deviez vous alarmer outre mesure de ces méfiances, ni vous relâcher pour les dissiper de vos prétentions légitimes, ni rien abandonner de ce qui touche à vos droits et à vos intérêts.

Mais vous devez tout faire en même temps pour qu'aucun malentendu ne puisse s'élever sur vos intentions, pour diminuer toutes les chances de mésintelligence et de conflit, pour ôter même à l'imprévu tout ce que la prudence peut lui enlever.

La netteté dans le langage, la clarté dans les intentions, c'est là ce qui peut faire traverser sans péril les situations les plus difficiles. C'est le vague, au contraire, qui est périlleux. (Très bien ! très bien à droite.) C'est des nuages que peuvent sortir les orages. (Nouvelles marques d'approbation sur les mêmes bancs.)

Cette clarté, cette netteté, je ne les trouve pas dans les paroles de M. le ministre; je désire qu'il y en ait davantage dans ses actes. (Très bien et applaudissements à droite.)

M. le président. L'incident est clos.

338

C. O. 12783

REC?

\REGO 26 JUL 33 /

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968 22 Jallet [SENAT] le relations et qu'un nouvel envoyé extraordinaire était sur le point de partir pour [Hué]. Nous sommes, depuis peu de jours, en possession de plusieurs lettres importantes adressées au gouverneur de la Cochinchine par Thoung Bac, le ministre des affaires étrangères. DÉBATS PARLEMENTAIRES Nous avons de longue date averti le gouvernement d'Annam de ce que nous voulions faire au Tonkin, et nous n'avons pas besoin d'autre déclaration. Nous lui avons fait savoir que nous étions au Tonkin et que nous y resterions pour y faire prévaloir les droits qui nous appartiennent, en vertu des traités, pour y remplir les obligations qui nous sont imposées. Nous l'avons averti que nous considérions Hué, personnage important, plus puissant peut-être que l'empereur lui-même. Ces lettres, qui sont un chef-d'œuvre de diplomatie orientale, toutes remplies de protestations obséquieuses, de récriminations vagues, de menaces obscures qu'il est difficile de démêler, vont de mai à la fin du mois, c'est-à-dire qu'elles se rapportent précisément à la période se préparaient et se sont accomplis les événements dans lesquels le commandant Rivière a perdu la vie. Eh bien, messieurs, ces lettres, à qui voudrait les prendre dans leur sens apparent, ne témoigneraient que du désir de vivre en paix avec nous, de la volonté de contenir les passions au Tonkin et de la crainte de n'y pas réussir, du dessein amical d'envoyer une escorte au-devant de notre nouvel agent pour le recevoir avec les honneurs dus au représentant de la France; si, en même temps, on n'y voyait des insinuations multipliées et fort claires destinées à faire entendre que cet envoyé ferait bien de ne pas partir, car on ne serait peut-être pas en mesure de garantir à lui sa sécurité. Dans tout cela, messieurs, il est difficile de trouver aucune apparence de déclaration de guerre. Nous avons lu dans les gazettes chinoises que des ambassadeurs annamites auraient été envoyés dans le Céleste-Empire pour solliciter son aide contre nous. Nous n'en avons jamais été informés d'une pareille démarche, il ne nous a jamais été dit un seul mot qui pût nous donner lieu de penser que le gouvernement d'Annam se considérait comme l'allié du Céleste Empire et qu'il se crût le moins du monde autorisé à solliciter son appui. Vous avez lu et nous avons également lu, dans le courant du mois de juin, une lettre adressée par l'empereur Nguyen, ou le roi d'Annam, au souverain de Ta-Dac, c'est-à-dire au roi de Corée. Dans cette lettre se trouvaient développés tous les griefs du gouvernement d'Annam contre nous et réclamée, de la manière la plus solennelle, conformément aux traditions que la Chine a invoquées récemment dans les négociations, l'aide de ce gouvernement. Cette lettre, qui a tous les caractères d'un document ridiculement apocryphe et qui est probablement l'œuvre de quelque faussaire d'outre-mer, cette lettre est la seule déclaration franchement hostile en possession de laquelle nous soyons encore à l'heure qu'il est. Année 1883 contre nous au mois de mars, dans la part qu'ils ont prise aux événements du mois de mai, dans l'effort auquel on les voit concourir à l'heure qu'il est contre nous, s'ils n'obéissent pas aux ordres directs du gouvernement d'Annam, obéissent au moins à sa pensée. (Rumeurs à droite et au centre.) Et cela, messieurs, ne doit pas nous étonner. Dès 1875, le lendemain même de la signature du traité, le gouvernement d'Annam n'avait qu'une pensée, il ne poursuivait qu'un dessein, c'était d'annuler ou de déchirer, ou par la ruse ou par la force, le traité qu'il venait de conclure, c'était de nous éliminer non seulement de l'Annam, non seulement du Tonkin, mais de la Cochinchine. Nous considérions comme impossible de sauvegarder que nos établissements de Hanoi et de Hai Phong fussent constamment, ou par son incurie ou par son impuissance, menacés dans leur existence, troublés dans leur sécurité, et que nous entendions réduire à la raison, par la force, puisqu'il n'y avait pas d'autres moyens, les bandes de Chinois ou d'Annamites qui dévastaient ou ensanglantaient le pays. Enfin, s'il est vrai, dans les événements militaires qui se sont accomplis au Tonkin, en mars et mai, nous avons rencontré devant nous des Chinois, des Annamites; mais, malgré des vraisemblances dont je dirai un mot tout à l'heure, nous ne sommes en possession d'aucune preuve absolument certaine qui nous permette de dire que ces troupes, et les chefs de troupes qui les commandent, obéissent aux ordres directs du gouvernement de Hué. Il est possible, il est, en tout cas, permis de supposer que des fonctionnaires auxquels l'autorité ne procure que des avantages sans leur imposer aucun devoir, menacés, dans le cas la nôtre viendrait à prévaloir au Tonkin, de voir augmenter leurs devoirs et diminuer leurs avantages, ont pris sur eux de nous attaquer et tenté spontanément de nous expulser. Cette raison date déjà de longtemps. Au mois de novembre dernier, monseigneur Puginier disait au commandant Rivière tenir de source absolument certaine que le conseil de Hué était décidé à nous faire la guerre et qu'il s'y préparait; et aujourd'hui, messieurs, nous avons lieu de penser que ce dessein n'est pas abandonné, que ce qui se passe au Tonkin ne se fait très probablement pas par ses ordres, mais ne se fait certainement pas sans son aveu. Et s'il est démontré qu'il nous est impossible de triompher du désordre au Tonkin sans nous adresser à celui qui l'y fomente, que nous ne pouvons établir la paix dans le bassin du fleuve Rouge, sans faire sentir notre action ailleurs, messieurs, nous aurions à examiner également s'il convient, pour abréger les résistances, d'user du droit de blocus et de l'établir, dans les formes voulues et après les notifications nécessaires, soit aux embouchures du fleuve, soit sur quelques points des côtes de l'Annam. Seulement, nous n'en sommes pas là, nous avons le ferme espoir de n'en pas venir à ce point. Si nous sommes en guerre, c'est contre des bandes qu'aucun gouvernement, pas même celui d'Annam, n'ose avouer pour son armée. Messieurs, je comprends les préoccupations de M. de Broglie, je respecte ses alarmes. Je me permettrai toutefois de lui demander s'il juge qu'il soit, à cette heure, d'un bien grand intérêt public de savoir à qui, en réalité, nous faisons la guerre, si le moment est vraiment bien choisi pour subtiliser sur une formalité. (Rumeurs à droite. -- Approbation à gauche.) Nous étions au Tonkin depuis longtemps déjà pour y faire valoir, aux termes des traités, nos droits positifs et rétablir la paix. Nous y sommes aujourd'hui pour une autre cause, pour venger une cruelle injure faite à nos armes, nous y sommes pour châtier des bandes qui, après avoir tué nos soldats, ont mutilé et outragé leurs cadavres. (Très bien ! très bien ! à gauche.) Qu'importe aujourd'hui, en présence d'une pareille faute, que nous soyons en guerre avec des bandes d'aventuriers sans aveu et des gens perdus, ou avec un gouvernement qui soudoie ces bandes et s'en sert en se cachant? En vérité, je ne pense pas qu'à l'heure qu'il est, ce qui intéresse le Sénat, ce qui intéresse nos soldats, ce qui intéresse l'opinion publique, ce soit une pareille question. (Très bien ! et applaudissements à gauche.) M. le duc de Broglie. Messieurs, je ne puis accepter en aucune manière le reproche que m'a fait M. le ministre des affaires étrangères d'avoir fait dégénérer une question de fait en une question de doctrine et de controverse. Ma question était bien celle-ci : Sommes-nous, en fait, à l'heure qu'il est, en guerre avec l'Annam? C'est, assurément, une question de fait; mais pour expliquer au Sénat quelle était l'importance de la question et ce qui m'avait déterminé à l'en saisir, j'ai expliquer en très peu de mots quelles étaient, au point de vue constitutionnel autant que diplomatique, les conséquences et les différences de l'état de paix et de l'état de guerre. Le fait est-il maintenant, après les réponses de M. le ministre, suffisamment éclairé? Oui, pour ce qui touche l'état présent. M. le ministre a longuement démontré que la guerre ne nous avait pas été déclarée par l'empire d'Annam. Qu'il me permette de lui dire que ces développements étaient superflus, car c'est une supposition qui n'avait été faite ni par moi ni par personne. Et ce qui était plus douteux, après les paroles qu'il avait prononcées à la Chambre des députés, c'était de savoir si nous ne l'avions pas déclarée nous-mêmes. Il avait dit que nous étions en guerre: or, une des deux parties en question n'ayant certainement pas pris l'initiative, il fallait bien croire, ou du moins on pouvait bien supposer que c'était l'autre. (Très bien ! et sourires à droite.) Après les explications de M. le ministre, il est évident que ce n'était pas plus l'un que l'autre et qu'il n'y avait pas de guerre du tout. Le terme dont il s'était servi n'avait dans sa bouche aucune valeur, ni constitutionnelle, ni diplomatique. C'était une expression, comment dirai-je? un peu oratoire. Et alors, les puissances étrangères, les puissances voisines, dans les cas que j'ai indiqués, qu'en diront-elles et comment se comporteront-elles à notre égard? Je ne vois donc rien de clair ni rien de précis dans les explications qu'on vient de nous donner. Et cependant, s'il est un sujet la clarté, la netteté des situations soit nécessaires, c'est dans une occasion le moindre malentendu peut mettre en péril la paix générale et nos rapports avec nos voisins. Voyez, par exemple, ce qui vient de se passer à Madagascar. Je ne sais pas, et je crois que le Gouvernement ne sait pas encore bien à l'heure qu'il est, ce qui a donné lieu aux récits dont on a entretenu le Parlement d'Angleterre à propos des incidents survenus à Madagascar. L'éloquence est assurément une très belle chose; mais, en matière de diplomatie et de constitution, la propriété des mots et la précision du langage, même à la tribune, et surtout de la part d'un ministre, ne sont-elles pas préférables? (Très bien ! très bien à droite.) Mais soit pour le présent, nous sommes satisfaits. Le sommes-nous également pour l'avenir? C'est sur quoi je conserve quelque doute. Il est très difficile, en effet, de mettre d'accord les différentes allégations que l'honorable ministre a successivement apportées à la tribune. En commençant, il a déclaré qu'il n'était pas en mesure d'assurer que l'empereur d'Annam fût l'instigateur des bandes qui infestent le Tonkin et auxquelles notre corps expéditionnaire a affaire. Il nous a promis que nous ne nous mettrions pas en guerre avec l'Annam sans que les Chambres eussent été consultées, comme la constitution l'exige. Je prends acte, bien volontiers, de cette promesse, seulement il l'a accompagnée tout de suite d'une restriction qui pourrait bien en rendre, à l'occasion, l'exécution assez difficile. Il nous a dit, en effet, qu'à la rigueur il était possible qu'on f, avec le même pays et le même gouvernement, légitimement en guerre sur un point sans avoir le droit de l'être sur un autre. C'est une subtilité diplomatique d'un genre absolument nouveau et que j'ai quelque peine à comprendre. (Très bien ! très bien ! à droite.) Messieurs, je ne sais pas ce que dirait le Parlement d'Angleterre à propos des incidents survenus à Madagascar. Mais la seule émotion causée chez nos voisins par ces récits vrais ou faux, ne nous indique-t-il pas combien vous êtes surveillés, avec quelle jalousie, et quelle inquiétude vous êtes suivis dans vos efforts pour étendre la puissance coloniale de la France? Je ne dis pas que vous deviez vous alarmer outre mesure de ces méfiances, ni vous relâcher pour les dissiper de vos prétentions légitimes, ni rien abandonner de ce qui touche à vos droits et à vos intérêts. Mais vous devez tout faire en même temps pour qu'aucun malentendu ne puisse s'élever sur vos intentions, pour diminuer toutes les chances de mésintelligence et de conflit, pour ôter même à l'imprévu tout ce que la prudence peut lui enlever. La netteté dans le langage, la clarté dans les intentions, c'est ce qui peut faire traverser sans péril les situations les plus difficiles. C'est le vague, au contraire, qui est périlleux. (Très bien ! très bien à droite.) C'est des nuages que peuvent sortir les orages. (Nouvelles marques d'approbation sur les mêmes bancs.) Cette clarté, cette netteté, je ne les trouve pas dans les paroles de M. le ministre; je désire qu'il y en ait davantage dans ses actes. (Très bien et applaudissements à droite.) M. le président. L'incident est clos. 338 C. O. 12783 REC? \REGO 26 JUL 33 /
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968 22 Jallet [SENAT) le relations et qu'an nouvel envoyé extra- rdinaire était sur le point de partir pour fué. : Nous sommes, depuis pen de jours en pos ession de plusieurs lettres importantes adres- ées aa gouverneur de la Cochinchine par thuong Bac, le ministre des affaires étrangères | DÉBATS PARLEMENTAIRES | Nous avons de longus date averti le gouver nement d'Annam de ce que nous voulions faire au Tonkin, et nous n'avons pas besoin d'autre déclaration. Nous lui avons fait savoir que nous étions su Tonkin et que nous y red-- terions pour y fairs prévaloir les droits qui | nous appartiennent, en verta des traités, pour y remolir les obligations qui nous sont impɔ- e Hué, personnage important, plus puissantées. Nous l'avons averti: que nous considh. eat-être que l'empereur loi-même. Ces lettres ui sont un chef-d'œuvre de diplomatie orien- ile, toutes remplies de protestations obsé- nieces, de récriminations vagues, de menacea bscures qu'il est difficile de déméler, vont da mai à la fin du mois, c'est-à dire qu'elles se apportent précisément à la période se pré- araient et es sont accomplie les événements ans lesquels le comman fant Rivière a perda + vie. Eh ben, messieurs, ces lettres, à qui vou- trait les prendre dans leur sens apparent, ne Smoigneraient que du désir de vivre en paix vec nous. de la volonté de comtanir les pas ions an Tonkin et de la crainte de n'y pas éasair, du desse amical d'envoyer une es- orte au-devant de notre nouvel agent pour à recevoir avec les honneurs das au représen int de la France; si, en même temps, on n'y oovait des insinuations multipliées et fort laires destines à faire entendré que cet en- oyé ferait bien de ne pas partir, car ou ne erait peut-être pas en mesure de garantir à lué sa sécurité. Dans tout cela, messieurs, il est difficile de OUTER NUCoDe apparence de déclaration de jerre. Nous vous in dans les gazettes chi- pires que des arobassadeurs annamites raient été envoyés dans le Caleste-Expire our solliciter sor aide contre nous. Nous avons jamais é a informés d'une pareille · arche, il ne nous a jamais été dit un seul ot qui put nour donnier lieu de penser que le avernement d'Annam se considérait comme is al du Céleste Empire et qu'il se crút le ains du monde autorisé à solliciter son qpzi. Vous avez lu et nous avons également la lans le courant da mois de juin, une lettre adressée par l'empereur Nguyen on le roi Au souverain de Ta-Dac, c'est tout un, Corce. Dans celte lettre se trouvanent déve. loppés tous les griels du gouvernement d'An- nam contre nous et réclamée, de la manière la plas solennelle, conformément aux tradinoce que la Chine & invoquées récemment dans les négociations, l'aids de ce gouvertement. Catie lettre, qui a tous les caractères d'un document ridiculement apocryphe et qui est probable. ment l'œuvre de quelque puffste d'outre-mer, cette lettre est la gente déclaration franchement hostile en possession de laquelle nous soyons encore à l'heure qu'il est. Année 1883 contre nous au mois de mars, dans la part qu'is ont prise aux événements du mois de mai, dans l'effort auquel on les voit compérer à l'heure qu'il est contre nous, s'ils m'obéie sent pas aux ordres directs du gouvernerat d'Anham, obéissent au moins à sa pende. (Rameurs à droite et au centre.} Et cela, messieurs, ne doit pas nous éion- ner. Dea 1875, le lendemain même de la si- gnature du traité, le gouvernement d'Ansam n'avait qu'une pensée, il ne poursuivait qu'un desain, c'était d'annuler ou de déchirer, ou par la ruse ou par la force, le traité qu'il venait do concture, c'était de nous éliminer non se0- lement de l'Aunam, non seulement da Ton- rions comme impossible de saɔvorter qua nos établissements de Hanoi et de Flai Phong fus- sent constamment, ou par son incurie ou par on impuissance, menacés dans leur exis- ience, troubles dans leur sécurité, et que nous entendions réduire à la raison, par la force, puisqu'il n'y avait pas d'autres moyens, les bandes de Chinois ou d'Annamites qui déso-kin, mais de la Cochinchine. lent ou ensanglantent le pays. Enfin, siver, dans les événements mi. litaires qui se sont accomplis au Tonkin, en mars et mai, nous avons rencontré devant nous des Chinois, des Annamites; mais, malgré des vraisemblances dont je dirai an mot tout à l'heure, nous ne sommes en possession d'au cune preuve absolument certaine qui nous permette de dire que ces troupes, et les chefs de troupes qui les commandent, obéissa ent aux ordres directs du gouvernement de Huê. Il est possible, il est, en tout cas, permis de supposer que des fonctionnaires auxquels l'an- torite ne procure que des avantages sans leur imposer dacun devoir, menacés, dans le cas la nótra viendrait à prévaloir au Tonkin, de voir augmenter leurs devoirs et diminuer leurs avantages, ont pr x eur eux de nous at- taquer et tenté spontanément de nous expul- ser. Cette raison date déjà de longtemps. Au mois de novembre dernier, monseigneur Paginier disait an commandant Rivière tenir de source absolument certaine que le conseil Hué était décidé à nous faire la guerre et Pour être au Tonkin, nous avons une autre raison depuis le 19 mai et je n'ai pas besoin qu'il s'y préparait; et aujourd'hui, mes- de la rappeler. Mais quelques évènements qui meurs, nous avons lieu de pouser que co des- se foient accomplis depuis deux mois, quelque sein n'est pas abandonné, que ce qui se passe au difficile, quelque impossible qu'il soit, à cette Tonkin ne se fait très probablement par ses or beure, d'espérer du gouvernement d'Annam dres, mais ne se fait certainement pas sans ou l'exécution des traités on de nouveaux ar- son aveu. Et s'il est démontré qu'il nous est rangements, tant que nous n'aurons pas soli- impossible de triompher du désordre zu Ton- dement rétabli nos affaires au Toukio, quet-kin sans nous adresser à celui qui l'y fomente, que modifiée que soit, il faut bien le recon que nous ne pouvons établir la paix dans le naftre, la situation par suite de la catastrophe bassin du fleuve Rouge, sans faire sentir notre de mai, nous ne voulons encore à l'heure pré-action ailleurs, messieurs, nous aurion- à exa- sonte que ce que nous voulions au mois d'a- Tril. Nous n'avons point déclaré la guerre à Il n'y a rien dans tout cela qui ressemble à une déclaration de guerre ai qai puisse en être considéré comme l'équivalent. Da notre côté, ì n'y en a pas eu davantage. l'Andam, M. le dac de Broglie. C'est tout ce que je voulaie savoir. M le ministre des affaires étrangères. Puizque M. le due de Broglie est sauafait, je, pourrais descendre de la tribune, mais mui, messieurs, ja ne le vais pas. Si cette réponse le contente, elle ne me suffit pas. Je croirais manquer de sincé ité à l'égard du Sénat qui m'écoute et à l'égard ou pays, j'en manque- rais envers moi-même, si je n'ajoutais pas quelque chose. Non, nous ne sommes pas en guerre décla- rée avec l'Annam, nous ne voulons nt la des- truction de cet empire ni le renversement de sa dynastie. Nous ne poursuivons au Tonkin que l'établissement d'un ordre de choses ró- gatier et le maintien des droits que nous y avons en vertu des traités. Il est également très viai que, de son côté, l'Annam n'a ja mais protesté contre le traité dont nous ré- clamons l'exécution. Et cependant, encore une fuis, je craindrais de vous abuser et je me mentirais à moi-même si je ne vous disais que l'ensemble des faits, des indices multi- pliés et concordants, la conduite de l'Annam, le langage de l'Annam, l'attitude du gouver nement chinois et de ses ambassadeurs, tout nons autorize, on plator nous obüge à croire qu'en réalité nous sommes en guerre avec Annam. (Mouvement à droite.) Je ne com- prends pas, en vérité, ce que vous pouvez trouver d'étrange. Il n'y a point de guerre déclarée, point de guerre ouverte. Mais il n'est que trop émbli... M. Lambert de Sainte-Croix. On en ap- prend tous les jours. M. le ministre... Il n'est que trop établi, dis-je, par les déclarations et les affirmations réitérées du gouvernement chinois et de ses diplomates, il n'est que trop vraisemblable, par les aveux échappés au gouvernement d'Hué lui-même, que les bandes chinores et annamites, pavillons avirs on pavlitons jaanez, en présence desquelles nous nous trouvons au Tonkm, sont effectivement à la solde de l'empire d'Annam. Et il n'est que trop probable que les gou- verneurs de Son-Tay, de Bac-Nibu, de Nam-- Dihn, dans les tentatives qu'ils ont dirigées miner cette nécessité (Très bien à gauche.) et nous vous demanderions de sanctionner les résolutions qui nous seraient commandées par l'intérêt public. (Très bien ! à gauche.) Et dans ce cas nous aucions à examiner également s'il convient, pour abréger les ré- Bistances, d'aser du droit de blocus et de l'éta bir, dans les formes voalues et après les noti- fications récessaires, soit aux embouchures du Soukoi soit sur quelques points des côtes de l'Anuam. Seulement, nous n'en sommes pas 1, nous avons le ferme espoir de n'en pas venir à point. Si nous sommes en guerre, c'est contre des bandes qu'aucun gouvernement, pas même celui d'Annam, n'ose avouer pour sou armée. Messieurs, je comprends les préoccupations de M. de Broglie, je respecte ses alarmes. Ja me permettrai toutefois de lui demander s'il jage qu'il soit, à cette heure, d'un bien grand intérêt public de savoir à qui, en réallié, nous faisons la guerre, si le moment est vrai ment bien choisi pour subtiliser sur une for male. (Romaurs à droite. -- Approbation à gauche.) Nous étions au Tonkin depuis longtemps déjà pour y faire valoir, aux termes des trai- tés, nos droits positifs et rétablir la paic. Nous y sommes aujourd'hui pour une autre cause, pour venger une cruelle injure faite à nos armes, nous y sommes pour châtier das bandes qui, après avoir tué ños soldats, onl mutilé et outragé leurs cadavres. (Très bien! très bien ! à gauche.)! Qu'importe aujourd'hut, en présence d'one pareille fache, que nous soyons en guerre avec des bandes d'aventuriers sans aven et des gens perdus, ou avec un gouvernement q Boudoie ces bandes et s'en sert en se cachant? En vérité, je ne pense pas qu'à l'heure qu'il est, ce qui intéresse le Sénat, ce qui intéresse nos soldats, ce qui intéresse Popinion pu blique, ce soit une pareille question. (Très bien ! et applaudissements à gauche.) M. le duc de Broglie, Messieurs, je na puis accepter en aucune manière le reproche que m'a fait M. le ministre des affaires étran gères d'avoir fait dégénérer une question de fait en une question de doctrine et de contro verse. Ma question était bien celle-ci : Sommes- Année 1883 337 DÉBATS PARLEMENTAIRES nous, en fait, à l'heure qu'il est, en guerre avec l'Annamt. C'est , assurément, une bien à droite.) Et malheureusement ce n'est pas moi seulement qui éprouverai ostte difß- question de fait; mais pour expliquer au Sénat que était l'importance de la question et ce culté. Je crains que vos représentants dans ces qui n'avait déterminé à l'en saisir, j'ai parages lointains, les commendants de vos forces militaires et navales, le commissaire expliquer en très peu de mots quelles étaient civil que vous charges de diriger toute l'expé- au point de vue constitutionnel autant quedition, ne soient dans le même embarras, et ne diplomatique, les conséquences et les diffé. sachent jamais si dans les mouvements qu'ils rences de l'état de paix et de Pétat de guerre. auraient à opérer, ils sont sur le point out la Sans cela le Sénat aurait pu m'accuser de lui guerre lear est permise, ou sur celui il faire perdre en débat inutile un temps juste - ment précieux. C'était bien le fait que je voulais constater, mais je devais avant tout établir quel était mes yeux son importance. (Très bien à droite.). Le fait est-il maintenant, après les réponses de M. le ministre, suffisamment éclairé? Oui, pour ce qui touche l'état présent. M. le ministre a longuement démontré que la guerre ne nous svait pas été déclarée par l'empire d'Annam. Qu'il me permette de lui dire que ces dévelop- pements étaient superflus, car c'est une sup- position qui n'avait été faite ni par moi ni par personne. Et ce qui était plus douteux après les paroles qu'il avait prononcées à la Cham- bre des députés, c'était de savoir si nous ne l'avions pas déclarée nous-mêmes. leur est interdit de la faire. Ils auront à cha- que moment ainsi à se poser une question as- sez difficile à résoudre. Je crois qu'ils ne se la poserait même pas, ou que s'ils la posent, ils la résondront tout simplement comme le commanderont leur patriotisme, l'intérêt de leurs soldats et l'honneur du drapeau. Ils iront droit devant eux sans s'inquiéter s'ils sont ou ne sont pas eur le point du territoire une déclaration de guerre régulière faite avec le concours des deux Chambres leur se- rais nécessaire pour pénétrer légitimement. Ils feront bien, je les approuve et les absous | d'avance, ils feront bien de compter que le Parlement français ne leur reprochera jamais, une fois en présence de l'ennemi, de faire tout ce qui sera nécessaire pour l'honneur de la France et le salut de son armée. Its feront donc bien de ne pas tenir compte Il avait dit que nous étions en guerre: or de la distinction subtile de M. le ministre, une des deux parties en question n'ayant cer- mais nous ne nous en trouverons pas moins, tainement pas pris l'initiative, u fallait bien par le fait, en guerre sans qu'il y ait eu de dé- croire, ou du moins on pouvait bien supposerclaration régulière. Et alors las puissances que c'était l'autre. (Très bien! et sourires à droite.) Après les explications de M. le ministre, il est évident que ce n'était pas plus l'un que l'autre et qu'il n'y avait pas de guerre du tout. Le terme dont il s'était servi n'avait dans Sa banche aucune valeur, ni constitutionnelle, ni diplomatique. C'était une expression comment dirai-je? un peu oratoire. nentres, les puissances voisines, dans les cas que j'ai indiqué, qu'en diront-elles et com- ment se comporteront-elles à notre égard? Je ne vois done rien de clair ni rian de pré- cis dans les explications qu'on vient de nous donner. Et cependant s'il est un sujet la clarté, la netteté des situations soit néces- saires, c'est dans une occasion le moindre malentendu peut mèttre en péril la paix géně- rale et nos rapports avec nos voisins. Voyez, par exemple, ce qui vient de so pas- incidents survenus à Madagascar. Je ne sais pas, et je crois que le Gouvernement ne sait pas encore bien à l'heure qu'il est, ce qui a donné lien aur récits dont "on a entretenu le L'éloquence est assurément une très belle chose; mais, en matière de diplomatie et de constitution, la propriété des mots et la préciser au parlement d'Angleterre à propos des sion du langage, même à la tribane, et sur- wont de la part d'un ministre, ne sont-elles pas préférables? (Très bien! très bien à droite.) Mais soit pour le présent, nous sommes satisfaits. Le sommes-nous également pour l'avenir? C'est sur quoi je conserve quelque doute. Il est très difficile, en effet, de mettre d'accord les différentes allégations que l'hono- rable ministre a successivement apportées à la tribune. En commençant, il a déclaré qu'il n'était pas en mesure d'assurer que l'empereur d'An- nam fùt l'instigateur des bandes qui infestent le Tonkin et auxquelles notre corps expédi- tionnaire vs avoir affaire. Il avait dit à pen près le contraire à la Chambre des députés, si j'at bonne mémoire. Mais il a retiré cette affirmation dans la première partie de son dis- cours, sauf à la reprendre sous une autre forme dans la seconde. (Rires approbatifs à droite.) De sorte qu'en réalité nous ne sommes pas beaucoup plus avancés sur ce point qu'avant qu'il ait parlé. Il nous a promis que nous ne nous serions pas mis en guerre avec l'Annam sans que les Chambres eussent été consultées, comme la constitution l'exige. Je prends acte, bien vo lontiers, de cette promesse, seulement il l'a accompagée tout de suite d'une restriction qui pourrait bien en rendre, à l'occasion, l'exécu- tion assez difficile. Il nous a dit, en affet, qu'à la rigueur il était possible qu'on füt avec le même pays et le même gouvernement légitimement en guerre sur un point sans avoir le droit de l'être sar an autre. C'est une subtibilité diplomatique d'un genre absolument nouveau és que j'ai quelque peine à comprendre, (Très bien! très parlement d'Angleterre. Mais la senle émotion cansée chez nos voisins par ces récits vrais ou faux, ne nous indique-t-il pas combien vous êtes surveillés, avec quelle jalousie, et quelle inquiétude vous êtes suivis dans vos efforts pour étendre la puissance coloniale de la France? Je ne dis pas que vous deviez vous alarmer ontre mesure de ces méfiances, ni vona relâcher pour les dissiper de vos prêten- tions légitimes, ni rien abandonner de ce qui touche à vos droits et à vos intérêts. Mais vous devez tout faire en même temps pour qu'aucun malentendu ne puisse s'élever sur vas intentions, pour diminuer toutes les chan- ces de mésintelligence et de conflit, pour ôter même à l'imprévu tout ce que la prudence pedt lai enlever. La netteté dans le langage, la clarté dans les intentions, c'est ce qui peut faire traverser sans péril les situations les plus difficiles. C'est le vague, au contraire, qui est périlleux. (Très bien! très bien à droite.) est des noages que peuvent sortir les orages. (Nouvelles marques d'approbation sur les mêmes bancs.) Catte clarté, cette net- taté, je ne les trouve pas dans les paroles de M. le ministre; je désire qu'il y en ait davan- tage dans ses actes. (Très bien et applau- dišeements à droite.) M. le président. L'incident est clos. I 338 C. O. 12783 REC? \REGO 26 JUL 33 /
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968

22 Jallet [SENAT)

le relations et qu'an nouvel envoyé extra- rdinaire était sur le point de partir pour fué.

:

Nous sommes, depuis pen de jours en pos ession de plusieurs lettres importantes adres- ées aa gouverneur de la Cochinchine par thuong Bac, le ministre des affaires étrangères

|

DÉBATS PARLEMENTAIRES

|

Nous avons de longus date averti le gouver nement d'Annam de ce que nous voulions faire au Tonkin, et nous n'avons pas besoin d'autre déclaration. Nous lui avons fait savoir que nous étions su Tonkin et que nous y red-- terions pour y fairs prévaloir les droits qui | nous appartiennent, en verta des traités, pour y remolir les obligations qui nous sont impɔ- e Hué, personnage important, plus puissantées. Nous l'avons averti: que nous considh. eat-être que l'empereur loi-même. Ces lettres ui sont un chef-d'œuvre de diplomatie orien- ile, toutes remplies de protestations obsé- nieces, de récriminations vagues, de menacea bscures qu'il est difficile de déméler, vont da mai à la fin du mois, c'est-à dire qu'elles se apportent précisément à la période où se pré- araient et es sont accomplie les événements ans lesquels le comman fant Rivière a perda + vie.

Eh ben, messieurs, ces lettres, à qui vou- trait les prendre dans leur sens apparent, ne Smoigneraient que du désir de vivre en paix vec nous. de la volonté de comtanir les pas ions an Tonkin et de la crainte de n'y pas éasair, du desse amical d'envoyer une es- orte au-devant de notre nouvel agent pour à recevoir avec les honneurs das au représen int de la France; si, en même temps, on n'y oovait des insinuations multipliées et fort laires destines à faire entendré que cet en- oyé ferait bien de ne pas partir, car ou ne erait peut-être pas en mesure de garantir à lué sa sécurité.

Dans tout cela, messieurs, il est difficile de OUTER NUCoDe apparence de déclaration de jerre. Nous vous in dans les gazettes chi- pires que des arobassadeurs annamites raient été envoyés dans le Caleste-Expire our solliciter sor aide contre nous. Nous avons jamais é a informés d'une pareille dé · arche, il ne nous a jamais été dit un seul ot qui put nour donnier lieu de penser que le avernement d'Annam se considérait comme is al du Céleste Empire et qu'il se crút le ains du monde autorisé à solliciter son qpzi.

Vous avez lu et nous avons également la lans le courant da mois de juin, une lettre adressée par l'empereur Nguyen on le roi Au souverain de Ta-Dac, c'est tout un, Corce. Dans celte lettre se trouvanent déve. loppés tous les griels du gouvernement d'An- nam contre nous et réclamée, de la manière la plas solennelle, conformément aux tradinoce que la Chine & invoquées récemment dans les négociations, l'aids de ce gouvertement. Catie lettre, qui a tous les caractères d'un document ridiculement apocryphe et qui est probable. ment l'œuvre de quelque puffste d'outre-mer, cette lettre est la gente déclaration franchement hostile en possession de laquelle nous soyons encore à l'heure qu'il est.

Année 1883

contre nous au mois de mars, dans la part qu'is ont prise aux événements du mois de mai, dans l'effort auquel on les voit compérer à l'heure qu'il est contre nous, s'ils m'obéie sent pas aux ordres directs du gouvernerat d'Anham, obéissent au moins à sa pende. (Rameurs à droite et au centre.}

Et cela, messieurs, ne doit pas nous éion- ner. Dea 1875, le lendemain même de la si- gnature du traité, le gouvernement d'Ansam n'avait qu'une pensée, il ne poursuivait qu'un desain, c'était d'annuler ou de déchirer, ou par la ruse ou par la force, le traité qu'il venait do concture, c'était de nous éliminer non se0- lement de l'Aunam, non seulement da Ton-

rions comme impossible de saɔvorter qua nos établissements de Hanoi et de Flai Phong fus- sent constamment, ou par son incurie ou par on impuissance, menacés dans leur exis- ience, troubles dans leur sécurité, et que nous entendions réduire à la raison, par la force, puisqu'il n'y avait pas d'autres moyens, les bandes de Chinois ou d'Annamites qui déso-kin, mais de la Cochinchine. lent ou ensanglantent le pays.

Enfin, siver, dans les événements mi. litaires qui se sont accomplis au Tonkin, en mars et mai, nous avons rencontré devant nous des Chinois, des Annamites; mais, malgré des vraisemblances dont je dirai an mot tout à l'heure, nous ne sommes en possession d'au cune preuve absolument certaine qui nous permette de dire que ces troupes, et les chefs de troupes qui les commandent, obéissa ent aux ordres directs du gouvernement de Huê. Il est possible, il est, en tout cas, permis de supposer que des fonctionnaires auxquels l'an- torite ne procure que des avantages sans leur imposer dacun devoir, menacés, dans le cas où la nótra viendrait à prévaloir au Tonkin, de voir augmenter leurs devoirs et diminuer leurs avantages, ont pr x eur eux de nous at- taquer et tenté spontanément de nous expul-

ser.

Cette raison date déjà de longtemps.

Au mois de novembre dernier, monseigneur Paginier disait an commandant Rivière tenir de source absolument certaine que le conseil Hué était décidé à nous faire la guerre et Pour être au Tonkin, nous avons une autre raison depuis le 19 mai et je n'ai pas besoin qu'il s'y préparait; et aujourd'hui, mes- de la rappeler. Mais quelques évènements qui meurs, nous avons lieu de pouser que co des- se foient accomplis depuis deux mois, quelque sein n'est pas abandonné, que ce qui se passe au difficile, quelque impossible qu'il soit, à cette Tonkin ne se fait très probablement par ses or beure, d'espérer du gouvernement d'Annam dres, mais ne se fait certainement pas sans ou l'exécution des traités on de nouveaux ar-

son aveu. Et s'il est démontré qu'il nous est rangements, tant que nous n'aurons pas soli- impossible de triompher du désordre zu Ton- dement rétabli nos affaires au Toukio, quet-kin sans nous adresser à celui qui l'y fomente, que modifiée que soit, il faut bien le recon que nous ne pouvons établir la paix dans le naftre, la situation par suite de la catastrophe bassin du fleuve Rouge, sans faire sentir notre de mai, nous ne voulons encore à l'heure pré-action ailleurs, messieurs, nous aurion- à exa- sonte que ce que nous voulions au mois d'a- Tril. Nous n'avons point déclaré la guerre à

Il n'y a rien dans tout cela qui ressemble à une déclaration de guerre ai qai puisse en être considéré comme l'équivalent.

Da notre côté, ì n'y en a pas eu davantage.

l'Andam,

M. le dac de Broglie. C'est tout ce que je

voulaie savoir.

M le ministre des affaires étrangères. Puizque M. le due de Broglie est sauafait, je, pourrais descendre de la tribune, mais mui, messieurs, ja ne le vais pas. Si cette réponse le contente, elle ne me suffit pas. Je croirais manquer de sincé ité à l'égard du Sénat qui m'écoute et à l'égard ou pays, j'en manque- rais envers moi-même, si je n'ajoutais pas quelque chose.

Non, nous ne sommes pas en guerre décla- rée avec l'Annam, nous ne voulons nt la des- truction de cet empire ni le renversement de sa dynastie. Nous ne poursuivons au Tonkin que l'établissement d'un ordre de choses ró- gatier et le maintien des droits que nous y avons en vertu des traités. Il est également très viai que, de son côté, l'Annam n'a ja mais protesté contre le traité dont nous ré- clamons l'exécution. Et cependant, encore une fuis, je craindrais de vous abuser et je me mentirais à moi-même si je ne vous disais que l'ensemble des faits, des indices multi- pliés et concordants, la conduite de l'Annam, le langage de l'Annam, l'attitude du gouver nement chinois et de ses ambassadeurs, tout nons autorize, on plator nous obüge à croire qu'en réalité nous sommes

en guerre avec

Annam. (Mouvement à droite.) Je ne com- prends pas, en vérité, ce que vous pouvez trouver là d'étrange. Il n'y a point de guerre déclarée, point de guerre ouverte. Mais il n'est que trop émbli...

M. Lambert de Sainte-Croix. On en ap- prend tous les jours.

M. le ministre... Il n'est que trop établi, dis-je, par les déclarations et les affirmations réitérées du gouvernement chinois et de ses diplomates, il n'est que trop vraisemblable, par les aveux échappés au gouvernement d'Hué lui-même, que les bandes chinores et annamites, pavillons avirs on pavlitons jaanez, en présence desquelles nous nous trouvons au Tonkm, sont effectivement à la solde de l'empire d'Annam.

Et il n'est que trop probable que les gou- verneurs de Son-Tay, de Bac-Nibu, de Nam-- Dihn, dans les tentatives qu'ils ont dirigées

miner cette nécessité (Très bien à gauche.) et nous vous demanderions de sanctionner les résolutions qui nous seraient commandées par l'intérêt public. (Très bien ! à gauche.)

Et dans ce cas nous aucions à examiner également s'il convient, pour abréger les ré- Bistances, d'aser du droit de blocus et de l'éta bir, dans les formes voalues et après les noti- fications récessaires, soit aux embouchures du Soukoi soit sur quelques points des côtes de l'Anuam.

Seulement, nous n'en sommes pas 1, nous avons le ferme espoir de n'en pas venir à point. Si nous sommes en guerre, c'est contre des bandes qu'aucun gouvernement, pas même celui d'Annam, n'ose avouer pour sou armée.

Messieurs, je comprends les préoccupations de M. de Broglie, je respecte ses alarmes. Ja me permettrai toutefois de lui demander s'il jage qu'il soit, à cette heure, d'un bien grand intérêt public de savoir à qui, en réallié, nous faisons la guerre, si le moment est vrai ment bien choisi pour subtiliser sur une for male. (Romaurs à droite. -- Approbation à gauche.)

Nous étions au Tonkin depuis longtemps déjà pour y faire valoir, aux termes des trai- tés, nos droits positifs et rétablir la paic. Nous y sommes aujourd'hui pour une autre cause, pour venger une cruelle injure faite à nos armes, nous y sommes pour châtier das bandes qui, après avoir tué ños soldats, onl mutilé et outragé leurs cadavres. (Très bien! très bien ! à gauche.)!

Qu'importe aujourd'hut, en présence d'one pareille fache, que nous soyons en guerre avec des bandes d'aventuriers sans aven et des gens perdus, ou avec un gouvernement q Boudoie ces bandes et s'en sert en se cachant? En vérité, je ne pense pas qu'à l'heure qu'il est, ce qui intéresse le Sénat, ce qui intéresse nos soldats, ce qui intéresse Popinion pu blique, ce soit une pareille question. (Très bien ! et applaudissements à gauche.)

M. le duc de Broglie, Messieurs, je na puis accepter en aucune manière le reproche que m'a fait M. le ministre des affaires étran gères d'avoir fait dégénérer une question de fait en une question de doctrine et de contro

verse.

Ma question était bien celle-ci : Sommes-

Année 1883

337

DÉBATS PARLEMENTAIRES

nous, en fait, à l'heure qu'il est, en guerre avec l'Annamt. C'est , assurément, une

bien à droite.) Et malheureusement ce n'est pas moi seulement qui éprouverai ostte difß- question de fait; mais pour expliquer au Sénat que était l'importance de la question et ce

culté. Je crains que vos représentants dans ces qui n'avait déterminé à l'en saisir, j'ai dù

parages lointains, les commendants de vos forces militaires et navales, le commissaire expliquer en très peu de mots quelles étaient

civil que vous charges de diriger toute l'expé- au point de vue constitutionnel autant quedition, ne soient dans le même embarras, et ne diplomatique, les conséquences et les diffé. sachent jamais si dans les mouvements qu'ils rences de l'état de paix et de Pétat de guerre. auraient à opérer, ils sont sur le point out la Sans cela le Sénat aurait pu m'accuser de lui guerre lear est permise, ou sur celui où il faire perdre en débat inutile un temps juste - ment précieux.

C'était bien le fait que je voulais constater, mais je devais avant tout établir quel était mes yeux son importance. (Très bien à droite.).

Le fait est-il maintenant, après les réponses de M. le ministre, suffisamment éclairé? Oui, pour ce qui touche l'état présent. M. le ministre a longuement démontré que la guerre ne nous svait pas été déclarée par l'empire d'Annam. Qu'il me permette de lui dire que ces dévelop- pements étaient superflus, car c'est une sup- position qui n'avait été faite ni par moi ni par personne. Et ce qui était plus douteux après les paroles qu'il avait prononcées à la Cham- bre des députés, c'était de savoir si nous ne l'avions pas déclarée nous-mêmes.

leur est interdit de la faire. Ils auront à cha- que moment ainsi à se poser une question as- sez difficile à résoudre. Je crois qu'ils ne se la poserait même pas, ou que s'ils la posent, ils la résondront tout simplement comme le commanderont leur patriotisme, l'intérêt de leurs soldats et l'honneur du drapeau. Ils iront droit devant eux sans s'inquiéter s'ils sont ou ne sont pas eur le point du territoire où une déclaration de guerre régulière faite avec le concours des deux Chambres leur se- rais nécessaire pour pénétrer légitimement. Ils feront bien, je les approuve et les absous | d'avance, ils feront bien de compter que le Parlement français ne leur reprochera jamais, une fois en présence de l'ennemi, de faire tout ce qui sera nécessaire pour l'honneur de la France et le salut de son armée.

Its feront donc bien de ne pas tenir compte Il avait dit que nous étions en guerre: or de la distinction subtile de M. le ministre, une des deux parties en question n'ayant cer- mais nous ne nous en trouverons pas moins, tainement pas pris l'initiative, u fallait bien par le fait, en guerre sans qu'il y ait eu de dé- croire, ou du moins on pouvait bien supposerclaration régulière. Et alors las puissances que c'était l'autre. (Très bien! et sourires à droite.)

Après les explications de M. le ministre, il est évident que ce n'était pas plus l'un que l'autre et qu'il n'y avait pas de guerre du tout. Le terme dont il s'était servi n'avait dans Sa banche aucune valeur, ni constitutionnelle, ni diplomatique. C'était une expression comment dirai-je? un peu oratoire.

nentres, les puissances voisines, dans les cas que j'ai indiqué, qu'en diront-elles et com- ment se comporteront-elles à notre égard?

Je ne vois done rien de clair ni rian de pré- cis dans les explications qu'on vient de nous donner. Et cependant s'il est un sujet où la clarté, la netteté des situations soit néces- saires, c'est dans une occasion où le moindre malentendu peut mèttre en péril la paix géně- rale et nos rapports avec nos voisins.

Voyez, par exemple, ce qui vient de so pas-

incidents survenus à Madagascar. Je ne sais pas, et je crois que le Gouvernement ne sait pas encore bien à l'heure qu'il est, ce qui a donné lien aur récits dont "on a entretenu le

L'éloquence est assurément une très belle chose; mais, en matière de diplomatie et de constitution, la propriété des mots et la préciser au parlement d'Angleterre à propos des sion du langage, même à la tribane, et sur- wont de la part d'un ministre, ne sont-elles pas préférables? (Très bien! très bien à droite.) Mais soit pour le présent, nous sommes satisfaits. Le sommes-nous également pour l'avenir? C'est sur quoi je conserve quelque doute. Il est très difficile, en effet, de mettre d'accord les différentes allégations que l'hono- rable ministre a successivement apportées à la

tribune.

En commençant, il a déclaré qu'il n'était pas en mesure d'assurer que l'empereur d'An- nam fùt l'instigateur des bandes qui infestent le Tonkin et auxquelles notre corps expédi- tionnaire vs avoir affaire. Il avait dit à pen près le contraire à la Chambre des députés, si j'at bonne mémoire. Mais il a retiré cette affirmation dans la première partie de son dis- cours, sauf à la reprendre sous une autre forme dans la seconde. (Rires approbatifs à droite.)

De sorte qu'en réalité nous ne sommes pas beaucoup plus avancés sur ce point qu'avant qu'il ait parlé.

Il nous a promis que nous ne nous serions pas mis en guerre avec l'Annam sans que les Chambres eussent été consultées, comme la constitution l'exige. Je prends acte, bien vo lontiers, de cette promesse, seulement il l'a accompagée tout de suite d'une restriction qui pourrait bien en rendre, à l'occasion, l'exécu- tion assez difficile.

Il nous a dit, en affet, qu'à la rigueur il était possible qu'on füt avec le même pays et le même gouvernement légitimement en guerre sur un point sans avoir le droit de l'être sar an autre. C'est là une subtibilité diplomatique d'un genre absolument nouveau és que j'ai quelque peine à comprendre, (Très bien! très

parlement d'Angleterre. Mais la senle émotion cansée chez nos voisins par ces récits vrais ou faux, ne nous indique-t-il pas combien vous êtes surveillés, avec quelle jalousie, et quelle inquiétude vous êtes suivis dans vos efforts pour étendre la puissance coloniale de la France? Je ne dis pas que vous deviez vous alarmer ontre mesure de ces méfiances, ni vona relâcher pour les dissiper de vos prêten- tions légitimes, ni rien abandonner de ce qui touche à vos droits et à vos intérêts. Mais vous devez tout faire en même temps pour qu'aucun malentendu ne puisse s'élever sur vas intentions, pour diminuer toutes les chan- ces de mésintelligence et de conflit, pour ôter même à l'imprévu tout ce que la prudence pedt lai enlever. La netteté dans le langage, la clarté dans les intentions, c'est là ce qui peut faire traverser sans péril les situations les plus difficiles. C'est le vague, au contraire, qui est périlleux. (Très bien! très bien à droite.) est des noages que peuvent sortir les orages. (Nouvelles marques d'approbation sur les mêmes bancs.) Catte clarté, cette net- taté, je ne les trouve pas dans les paroles de M. le ministre; je désire qu'il y en ait davan- tage dans ses actes. (Très bien et applau- dišeements à droite.)

M. le président. L'incident est clos.

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